Dermatologie et cicatrisation
Publié le
18 novembre 2023

Mathioudaki E. et al. - Photobiomodulation et réparation cellulaire des plaies : modèle keratinocytes

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Cette étude est un travail in vitro, mené sur des kératinocytes en culture et non sur des patients. Un laser rouge de faible puissance à 661 nm y a accéléré la fermeture d’une éraflure cellulaire, sans que cela démontre un quelconque effet chez l’humain.

Ce que cette étude a mesuré

Ce travail a été conduit en laboratoire, sur une lignée de kératinocytes, les cellules NCTC 2544, rayées en boîte pour créer une zone vide : c’est le test de l’éraflure, ou scratch assay. Ce modèle imite très simplement une plaie, en mesurant la vitesse à laquelle les cellules recolonisent l’espace libre. Aucun animal et aucun patient n’ont été impliqués.

Les cellules ont ensuite été éclairées par un laser rouge de faible puissance à 661 nm, à plusieurs densités de puissance et durées d’exposition. Des images ont été acquises à 0, 24, 48 et 72 heures après le traitement. La prolifération cellulaire a été évaluée par test MTT, et la production d’espèces réactives de l’oxygène a été mesurée à 0 et 24 heures par microscopie de fluorescence. L’analyse d’images a servi à calculer les vitesses de fermeture de l’éraflure.

Les résultats principaux

Les résultats ci-dessous décrivent des cellules en boîte de culture, et rien d’autre.

  • La gamme d’énergie testée, de 0,18 à 7,2 J/cm², ne s’est pas révélée phototoxique.
  • La viabilité cellulaire a augmenté dans cette gamme.
  • La fermeture de l’éraflure a été favorisée par l’irradiation.
  • La puissance et la durée d’irradiation ont été plus déterminantes que l’énergie totale.
  • Deux seuils, un de puissance et un de durée, doivent être dépassés pour améliorer la fermeture.
  • Une hausse des espèces réactives de l’oxygène a été observée à 0 heure uniquement dans le groupe dont la vitesse de fermeture était la plus faible.

Les auteurs concluent que ce laser a stimulé la prolifération et la migration des kératinocytes, et présentent un effet in vivo comme une hypothèse à vérifier.

Comment la photobiomodulation agit sur les cellules de la peau

Le mécanisme habituellement avancé reste hypothétique. La lumière rouge serait absorbée par la cytochrome c oxydase, un complexe de la chaîne respiratoire des mitochondries, ce qui pourrait modifier la production d’ATP et la signalisation interne de la cellule. Ce supplément d’énergie favoriserait la migration et la prolifération des kératinocytes, deux étapes clés de la refermeture d’une plaie. Le stress oxydatif jouerait un rôle à double sens : une production modérée d’espèces réactives de l’oxygène servirait de signal, tandis qu’une hausse précoce et marquée semblerait freiner la prolifération. Ces explications restent des pistes, non des faits établis ici.

Les limites à connaître

La limite principale tient au modèle : des cellules en culture, pas une peau vivante ni un patient. Une éraflure dans une boîte n’a ni vaisseaux, ni cellules immunitaires, ni matrice de soutien, ni risque d’infection. Aucune conclusion sur l’efficacité de la photobiomodulation chez l’humain ne peut donc être tirée de ce travail. S’y ajoutent une seule lignée cellulaire, une seule longueur d’onde et une forte dépendance aux réglages, ce qui rend toute transposition hasardeuse.

Ce que cela change en pratique

Pour un lecteur, cela ne change rien à la prise en charge d’une plaie. Ce type de travail sert à explorer des mécanismes et à orienter les paramètres à évaluer ensuite chez l’animal, puis en essai clinique. Son apport le plus concret est méthodologique : la puissance et la durée d’exposition compteraient davantage que la dose d’énergie cumulée, un point souvent négligé lorsque seuls des joules par centimètre carré sont rapportés. Une plaie qui ne cicatrise pas relève d’un avis médical, pas d’un appareil lumineux.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une étude in vitro et un essai clinique ?

Une étude in vitro observe des cellules isolées dans un environnement artificiel et contrôlé. Un essai clinique mesure un effet chez des personnes réelles, avec un groupe de comparaison et des critères définis à l’avance. Un résultat sur cellules ne prédit pas un bénéfice chez l’humain : il indique une piste mécanistique.

Cette étude prouve-t-elle que la lumière rouge cicatrise les plaies ?

Non. Elle montre que des kératinocytes en culture recolonisent plus vite une zone rayée après irradiation. Rien n’y est démontré sur une plaie humaine.

Quels paramètres lumineux ont été utilisés ?

Un laser rouge de faible puissance à 661 nm, à différentes densités de puissance et durées, pour une énergie de 0,18 à 7,2 J/cm².

Référence

Mathioudaki E, Rallis M, Politopoulos K, Alexandratou E. Photobiomodulation and Wound Healing: Low-Level Laser Therapy at 661 nm in a Scratch Assay Keratinocyte Model. Annals of Biomedical Engineering, 2023 ; 52(2) : 376-385. PMID 37851144. DOI 10.1007/s10439-023-03384-x. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10808316/

Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.