Neurologie centrale et cognition
Publié le
14 septembre 2019

Salehpour F. et al. - Photobiomodulation transcrânienne et performance cognitive chez de jeunes adultes sains : méta-analyse

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Cette méta-analyse a regroupé 6 études menées chez de jeunes adultes en bonne santé et rapporte une amélioration des performances cognitives après photobiomodulation transcrânienne, avec une différence moyenne standardisée de 0,833 (IC 95 % 0,458 à 1,209). Les auteurs signalent une hétérogénéité élevée, une qualité méthodologique modeste et une asymétrie évocatrice d’un biais de publication.

Ce que cette étude a mesuré

Il s’agit d’une revue systématique avec méta-analyse, donc d’une synthèse quantitative, et non d’un essai isolé. La question posée était de savoir si la photobiomodulation transcrânienne améliore la fonction cognitive chez l’adulte en bonne santé.

La recherche a couvert MEDLINE via PubMed, EMBASE, SCOPUS, Web of Science et la Cochrane Library jusqu’en mars 2019. ProQuest et Google Scholar ont également été interrogés afin de repérer la littérature non publiée. La sélection était limitée aux effets procognitifs chez l’adulte sain.

Les résultats principaux

Les chiffres rapportés par les auteurs sont les suivants.

  • 871 études repérées lors de la recherche initiale, 9 publications retenues après application des critères.
  • 7 études menées chez de jeunes adultes sains, de 17 à 35 ans, et 2 études chez des sujets normaux de 49 ans et plus.
  • Méta-analyse réalisée sur 6 publications en texte intégral portant sur de jeunes adultes.
  • Amélioration des résultats cognitifs de 0,833 en différence moyenne standardisée (IC 95 % 0,458 à 1,209, sur 14 comparaisons).
  • Asymétrie du graphique en entonnoir confirmée par les tests de régression d’Egger et de Begg (valeurs de 0,030 et 0,006).
  • Après analyse de type trim-and-fill, deux études manquantes ont été estimées et la taille d’effet ajustée de 0,761 (IC 95 % 0,573 à 0,949) à 0,949 (0,779 à 1,120).

Comment la photobiomodulation transcrânienne agit

Le mécanisme reste hypothétique et n’est pas mesuré par cette méta-analyse. La lumière rouge et proche infrarouge serait absorbée par la cytochrome c oxydase, enzyme de la chaîne respiratoire mitochondriale, ce qui augmenterait la production d’ATP dans les neurones. Une modulation de la perfusion cérébrale et de l’oxygénation des tissus est également évoquée, de même qu’une action sur le stress oxydatif. Cette synthèse n’apporte aucune démonstration biologique.

Les limites à connaître

Les auteurs sont explicites : l’hétérogénéité des données est élevée, le score de qualité global des études est modeste et le nombre d’études incluses est faible. Ils écrivent que ces insuffisances doivent être corrigées avant de conclure que la photobiomodulation transcrânienne est une intervention d’amélioration cognitive chez le sujet sain.

L’asymétrie du graphique en entonnoir, confirmée par les tests d’Egger et de Begg, évoque un biais de publication. Après réanalyse, cette asymétrie disparaissait dans le sous-groupe attention, mais persistait dans le sous-groupe mémoire : le résultat est donc moins solide pour la mémoire que pour l’attention.

Les résultats portent sur de jeunes adultes en bonne santé et ne se transposent pas aux personnes présentant un trouble cognitif. Enfin, la recherche documentaire s’arrête en mars 2019 et ne tient pas compte des travaux publiés depuis.

Ce que cela change en pratique

Cette méta-analyse ne permet pas de présenter la photobiomodulation transcrânienne comme un moyen établi d’améliorer les performances cognitives. Les auteurs concluent à un effet significatif dans les données analysées, tout en refusant d’en déduire que la méthode est une intervention procognitive validée. Une amélioration de la mémoire ou de l’attention ne doit donc pas être présentée comme acquise.

Questions fréquentes

Que signifie une différence moyenne standardisée de 0,833 ?

C’est une mesure sans unité qui exprime l’écart entre deux groupes rapporté à la variabilité des mesures. Une valeur proche de 0,8 est conventionnellement décrite comme un effet important. Dans cette méta-analyse, elle est assortie d’un intervalle de confiance à 95 % allant de 0,458 à 1,209, ce qui traduit une incertitude notable.

L’effet est-il aussi net sur la mémoire que sur l’attention ?

Non. Après réanalyse, l’asymétrie du graphique en entonnoir disparaissait dans le sous-groupe attention mais persistait dans le sous-groupe mémoire. Cette persistance suggère que les résultats portant sur la mémoire sont davantage exposés à un biais de publication. Les auteurs ne présentent donc pas l’effet sur la mémoire comme équivalent.

Ces résultats valent-ils pour les personnes âgées ?

Non. La méta-analyse a été conduite sur 6 publications portant sur de jeunes adultes. Deux études incluses dans la revue concernaient des sujets de 49 ans et plus, mais elles n’ont pas été intégrées au calcul. Aucune conclusion chiffrée ne peut donc être tirée pour cette tranche d’âge.

Référence

Salehpour F, Majdi A, Pazhuhi M, Ghasemi F, Khademi M, Pashazadeh F, Hamblin MR, Cassano P. Transcranial Photobiomodulation Improves Cognitive Performance in Young Healthy Adults: A Systematic Review and Meta-Analysis. Photobiomodulation, Photomedicine, and Laser Surgery, 2019. PMID 31549906. DOI 10.1089/photob.2019.4673. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31549906/

Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.