Reppe S. et al. - Photobiomodulation et sécheresse oculaire : revue systématique et méta-analyse

Cette méta-analyse de 10 études (473 participants) associe la photobiomodulation utilisée seule à une amélioration de l’inconfort oculaire et de la stabilité du film lacrymal dans la sécheresse oculaire. L’effet sur la hauteur du ménisque lacrymal n’est pas confirmé lorsqu’on se limite aux essais randomisés, et les auteurs parlent d’une amélioration possible, pas d’un résultat acquis.
Ce que cette étude a mesuré
La sécheresse oculaire est une atteinte de la surface de l’œil qui dépend de la coordination des glandes lacrymales, des glandes de Meibomius et des cellules caliciformes de la conjonctive. Le dysfonctionnement de l’un de ces éléments suffit à la provoquer. La photobiomodulation (PBM), ici appelée thérapie par lumière de faible intensité (LLLT), est étudiée comme option dans cette indication.
Sjur Reppe et ses collègues ont réalisé une revue systématique et une méta-analyse pour évaluer l’effet de la photobiomodulation utilisée seule, sans association à la lumière pulsée intense (IPL). Quatre bases ont été interrogées : MEDLINE, Embase, Scopus et le registre Cochrane des essais contrôlés. Dix études cliniques, totalisant 473 participants, ont été retenues. Les séances utilisaient des longueurs d’onde de 625 à 640 nm et/ou de 810 à 850 nm, chacune durant au moins 10 minutes.
Les résultats principaux
Trois critères ont fait l’objet d’une méta-analyse : l’indice de symptômes OSDI (Ocular Surface Disease Index), le temps de rupture du film lacrymal non invasif (NIBUT) et la hauteur du ménisque lacrymal (TMH).
- OSDI : différence moyenne pondérée de -11,42 (p < 0,00001), ce qui correspond à moins de symptômes
- NIBUT : +1,49 s (p = 0,005), soit un film lacrymal plus stable
- TMH : +0,04 mm (p = 0,007)
- Analyse de sensibilité limitée aux essais randomisés : effets confirmés sur l’OSDI et le NIBUT, mais pas sur la TMH
- Effets indésirables : aucun rapporté
Comment la photobiomodulation agit dans cette indication
Le résumé de la méta-analyse ne détaille pas de mécanisme. De façon générale, on propose que la lumière rouge ou proche infrarouge, absorbée par les mitochondries des cellules, puisse moduler l’inflammation et le fonctionnement des glandes de la paupière qui produisent la couche lipidique des larmes. Cette explication reste une hypothèse que la méta-analyse ne teste pas.
Les limites à connaître
Le résultat doit être lu avec prudence. Seules dix études ont pu être regroupées et le total reste modeste, avec 473 participants. L’effet sur la hauteur du ménisque lacrymal disparaît dans l’analyse restreinte aux essais randomisés, ce qui signifie que ce critère est moins solide que les deux autres.
Les protocoles varient : deux plages de longueurs d’onde, des séances d’au moins 10 minutes sans durée uniforme. Le résumé ne précise ni le suivi à long terme, ni le niveau de certitude des données selon une grille de type GRADE. L’absence d’effet indésirable rapportée est encourageante, mais elle dépend de la façon dont chaque étude a surveillé la sécurité.
Ce que cela change en pratique
Pour les personnes qui souffrent de sécheresse oculaire, cette méta-analyse indique que la photobiomodulation seule pourrait réduire l’inconfort ressenti. Les auteurs soulignent que cette approche pourrait être une option autonome pour les patients chez qui les protocoles associant la lumière pulsée intense sont contre-indiqués.
Elle ne remplace ni l’examen ophtalmologique ni les traitements prescrits. Toute gêne oculaire persistante justifie l’avis d’un ophtalmologue, et personne ne doit interrompre un traitement en cours sans son accord.
Questions fréquentes
La photobiomodulation soulage-t-elle la sécheresse oculaire ?
Dans cette méta-analyse, elle est associée à une baisse de l’indice OSDI de 11,42 points en moyenne et à un temps de rupture du film lacrymal plus long de 1,49 s. Les auteurs écrivent qu’elle peut améliorer les signes et symptômes, en particulier l’inconfort oculaire.
La photobiomodulation oculaire est-elle sûre ?
Aucun effet indésirable n’a été rapporté dans les études incluses, et les auteurs la décrivent comme bien tolérée. Ce constat repose sur dix études seulement, avec un suivi que le résumé ne détaille pas.
Les résultats sont-ils confirmés dans les essais randomisés seuls ?
En partie. Les effets sur l’OSDI et le NIBUT sont confirmés dans l’analyse de sensibilité limitée aux essais randomisés, mais pas celui sur la hauteur du ménisque lacrymal.
Référence
Reppe S, Subhi Y, Steinkjer T, Yazdani M, Kolko M, Utheim TP, Fineide FA. Low-level light therapy for dry eye disease and meibomian gland dysfunction: A systematic review and meta-analysis. Acta Ophthalmologica, 2026. PMID 42860563. Consulter l’étude sur PubMed
Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.