Santé bucco-dentaire
Publié le
16 juillet 2026

Bukhari S.A.A. et al. - Photobiomodulation en orthodontie : revue parapluie sur le déplacement dentaire, la douleur et la résorption radiculaire

Partager l’article :

Chez les patients sous traitement orthodontique, les preuves disponibles sur la photobiomodulation sont de faible certitude et jugées insuffisantes pour un usage clinique de routine. Cette revue parapluie analyse 20 revues systématiques et méta-analyses et conclut à un effet possible mais non établi sur le déplacement dentaire, la douleur et la résorption radiculaire.

Ce que cette étude a mesuré

L’objectif était de synthétiser les données issues des revues systématiques et méta-analyses portant sur deux adjuvants non invasifs de l’orthodontie : la photobiomodulation, aussi désignée laser de faible intensité, et la vitamine D. Les critères examinés sont l’accélération du déplacement dentaire orthodontique, la douleur, la résorption radiculaire inflammatoire induite par le traitement et les biomarqueurs osseux. Les auteurs ont interrogé PubMed, Embase, Scopus, Web of Science et la Cochrane Library depuis leur création jusqu’au 18 novembre 2025. Vingt revues systématiques et méta-analyses, portant majoritairement sur des essais randomisés menés chez l’humain, ont été retenues. La qualité méthodologique a été évaluée avec AMSTAR-2, ROBIS et GRADE. Le protocole est enregistré dans PROSPERO sous le numéro CRD42024591253.

Les résultats principaux

La forte hétérogénéité a conduit les auteurs à une synthèse narrative. Aucune taille d’effet globale ni intervalle de confiance ne sont donc rapportés dans le résumé de l’étude.

  • 20 revues systématiques et méta-analyses incluses, couvrant un grand nombre d’essais orthodontiques humains.
  • Photobiomodulation : preuves de faible certitude en faveur d’une accélération du déplacement dentaire orthodontique.
  • Photobiomodulation : légère réduction de la résorption radiculaire inflammatoire induite par l’orthodontie, également de faible certitude.
  • Photobiomodulation : soulagement de la douleur à court terme, avec le même niveau de certitude faible.
  • Vitamine D : résultats incohérents selon les critères, sans bénéfice clinique global fiable.
  • Conclusion des auteurs : preuves insuffisantes pour recommander l’usage clinique de routine de l’un ou l’autre adjuvant.

Comment la photobiomodulation agit dans cette indication

Les mécanismes avancés restent hypothétiques et ne sont pas testés par cette revue parapluie. La lumière rouge et proche infrarouge serait absorbée par la cytochrome c oxydase mitochondriale, ce qui pourrait augmenter la disponibilité en ATP dans les cellules du ligament parodontal et de l’os alvéolaire. Cette énergie supplémentaire soutiendrait le remodelage osseux qui accompagne le déplacement dentaire, en modulant l’activité des ostéoblastes et des ostéoclastes. Une action sur le stress oxydatif et sur les médiateurs de l’inflammation est aussi évoquée pour expliquer un moindre inconfort après activation d’un appareil. Ces hypothèses n’expliquent pas pourquoi le niveau de certitude reste faible.

Les limites à connaître

Le résultat central de ce travail est négatif sur le plan décisionnel : les preuves sont jugées insuffisantes pour recommander la photobiomodulation en pratique orthodontique courante. La certitude des données est qualifiée de faible selon GRADE, ce qui signifie que des recherches ultérieures pourraient modifier les conclusions. L’hétérogénéité entre revues a empêché toute mise en commun quantitative. Certaines revues mélangeaient essais randomisés et essais cliniques contrôlés. Enfin, une revue parapluie hérite des faiblesses des revues qu’elle agrège, y compris de leurs chevauchements d’essais.

Ce que cela change en pratique

En l’état, ces données ne justifient pas d’intégrer systématiquement la photobiomodulation à un protocole orthodontique. Le signal existe sur trois critères, déplacement dentaire, douleur à court terme et résorption radiculaire, mais il est trop incertain pour fonder une recommandation. La vitamine D n’apporte pas de bénéfice fiable dans ce contexte. Toute décision se prend avec l’orthodontiste qui suit le patient.

Questions fréquentes

La photobiomodulation accélère-t-elle vraiment le déplacement des dents en orthodontie ?

Cette revue parapluie de 20 revues systématiques rapporte des preuves de faible certitude suggérant une accélération du déplacement dentaire orthodontique. Faible certitude signifie que le résultat peut changer avec de nouvelles études. Les auteurs concluent que les données sont insuffisantes pour recommander cet usage en routine.

La photobiomodulation réduit-elle la douleur des appareils dentaires ?

Un soulagement de la douleur à court terme est rapporté, mais avec le même niveau de certitude faible que les autres critères. Aucune valeur chiffrée n’est fournie dans le résumé de l’étude. Ce point ne suffit pas à établir un bénéfice clinique fiable.

La vitamine D aide-t-elle pendant un traitement orthodontique ?

Les auteurs décrivent des résultats incohérents d’un critère à l’autre, sans bénéfice clinique global fiable. La vitamine D est donc traitée dans cette revue comme un adjuvant dont l’intérêt n’est pas démontré en orthodontie. Comme pour la photobiomodulation, aucune recommandation d’usage de routine n’est formulée.

Référence

Bukhari SAA, Ruslan AHB, Hassan R. Umbrella review of photobiomodulation/low-level laser therapy and vitamin D in orthodontics: effects on tooth movement, pain, root resorption, and bone biomarkers. BMC Oral Health, 2026. PMID 42464185. Consulter l’étude sur PubMed

Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.