Teng C. et al. - Photobiomodulation pour la neuropathie périphérique induite par chimiothérapie chez survivants de cancer

Dans cet essai randomisé de phase II mené chez 44 survivants du cancer, 48 % des participants du groupe photobiomodulation et 53 % du groupe placebo ont présenté une réponse sur les symptômes de neuropathie à 6 semaines. L’essai n’était pas conçu pour comparer les deux bras, et le placebo a fait aussi bien que la lumière à ce délai.
Ce que cette étude a mesuré
La neuropathie induite par la chimiothérapie persiste souvent après la fin des traitements et reste sans solution établie. Les auteurs ont conduit un essai randomisé de phase II, non comparatif, contrôlé par placebo et en simple insu, chez 44 survivants du cancer symptomatiques au moins trois mois après une chimiothérapie neurotoxique.
Les participants ont été répartis 2:1 entre photobiomodulation par laser et placebo, deux séances par semaine pour un total de douze séances. Les évaluations ont eu lieu à l’inclusion, à 6 semaines et à 12 semaines : questionnaires de neuropathie, de qualité de vie et de fonction, examen neurologique. Le critère principal était la proportion de répondeurs : disparition des symptômes ou réduction atteignant la différence minimale cliniquement importante. La photobiomodulation intervient ici en soin de support, jamais comme traitement du cancer.
Les résultats principaux
Les deux groupes se sont améliorés, sans avantage du laser au terme de l’intervention.
- Réponse à 6 semaines : 48 % sous photobiomodulation, 53 % sous placebo
- Réponse à 12 semaines : 45 % sous photobiomodulation, 33 % sous placebo
- Hypothèse nulle d’un taux de réponse de 5 % dans le bras laser rejetée à 6 et 12 semaines, p < 0,001
- Symptômes rapportés : amélioration dans les deux groupes par rapport à l’inclusion
- À 12 semaines : amélioration maintenue sous photobiomodulation, retour vers les valeurs initiales sous placebo
- Signes neurologiques, qualité de vie et fonction : stables dans les deux groupes
- Effets indésirables de faible intensité dans les deux bras
Le résumé ne rapporte ni intervalle de confiance, ni comparaison entre les bras, ni longueur d’onde, ni dose.
Comment la photobiomodulation agit sur les nerfs périphériques
Les mécanismes proposés restent hypothétiques. La lumière rouge ou proche infrarouge serait absorbée par la cytochrome c oxydase mitochondriale, ce qui augmenterait la production d’ATP. Une réduction du stress oxydatif et une modulation des voies inflammatoires sont également évoquées, avec l’hypothèse de conditions plus favorables à la régénération axonale. Cet essai n’a mesuré aucun de ces paramètres.
Les limites à connaître
Le point le plus important est le plan non comparatif : l’essai testait si le taux de réponse sous laser dépassait 5 %, un seuil très bas, et non une supériorité sur le placebo. Le résultat annoncé (p < 0,001) porte uniquement sur ce seuil.
Le résultat négatif doit être énoncé clairement : à 6 semaines, le groupe placebo affiche un taux de réponse supérieur (53 % contre 48 %). Les signes neurologiques, la qualité de vie et la fonction sont restés stables dans les deux groupes : aucun bénéfice objectif n’a été documenté. L’effectif est faible, la répartition 2:1 réduit encore le bras placebo et l’insu était simple. Les auteurs concluent eux-mêmes qu’un essai plus large est nécessaire.
Ce que cela change en pratique
Cet essai ne permet pas de recommander la photobiomodulation dans cette indication. Il suggère au mieux que le bénéfice pourrait se maintenir après la fin des séances dans le bras actif, ce qui reste à confirmer. La photobiomodulation ne traite pas le cancer et ne remplace aucun traitement prescrit : toute utilisation doit être discutée avec l’équipe d’oncologie.
Questions fréquentes
La photobiomodulation fait-elle mieux qu’un placebo dans la neuropathie chimio-induite ?
Dans cet essai, non à 6 semaines : le placebo obtient 53 % de répondeurs contre 48 % pour la photobiomodulation. À 12 semaines la tendance s’inverse (45 % contre 33 %), mais aucun test de supériorité n’est rapporté. La question reste ouverte.
Combien de séances comportait le protocole de cet essai ?
Deux séances par semaine jusqu’à douze séances au total, réparties sur six semaines, avec une évaluation six semaines après la fin. Le résumé ne précise ni la longueur d’onde, ni la dose, ni la durée des séances.
La photobiomodulation est-elle sans risque après un cancer ?
Des effets indésirables de faible intensité ont été rapportés dans les deux bras, placebo compris. Cet essai portait sur des survivants ayant fini leur chimiothérapie depuis au moins trois mois, et ne dit rien de l’usage pendant un traitement actif. L’avis de l’oncologue est indispensable.
Référence
Teng C, Egger S, Blinman PL, Vardy JL. Evaluating laser photobiomodulation for chemotherapy-induced peripheral neuropathy: a randomised phase II trial. Supportive Care in Cancer, 2022. PMID 36526802. Consulter l’étude sur PubMed
Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.