Oncologie et soins de support
Publié le
1er juillet 1999

Bensadoun RJ et al. - Photobiomodulation et mucite radio-induite dans les cancers ORL : essai randomisé de phase III

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Chez 30 patients irradiés pour un cancer de la sphère ORL, un laser hélium-néon appliqué avant chaque séance de radiothérapie a réduit la fréquence des mucites sévères et des douleurs sévères. Cet essai de phase III publié en 1999 est le premier essai randomisé rigoureux conduit en photobiomodulation.

Ce que cette publication a mesuré

La mucite buccale est l’une des complications les plus redoutées de la radiothérapie des cancers de la tête et du cou. Entre septembre 1994 et mars 1998, une équipe française conduite depuis Nice a randomisé 30 patients dans un essai multicentrique de phase III en double aveugle. Le dispositif testé était un laser hélium-néon de faible énergie, de longueur d’onde 632,8 nm et de puissance 60 mW, ramenée à 25 mW pour un patient traité à Reims. Les participants présentaient un carcinome de l’oropharynx, de l’hypopharynx ou de la cavité buccale et recevaient une radiothérapie exclusive de 65 Gy, à raison de 2 Gy par fraction et de 5 fractions par semaine, sans chirurgie préalable ni chimiothérapie concomitante. La tumeur devait se situer en dehors des neuf points d’application du laser. Le traitement, laser actif ou lumière placebo, débutait le premier jour de radiothérapie, avant chaque séance. Un médecin en aveugle cotait la mucite chaque semaine avec l’échelle de l’OMS et évaluait la douleur sur une échelle visuelle analogique segmentée. La photobiomodulation était ici employée en soin de support, pour limiter un effet indésirable du traitement, et non comme traitement du cancer.

Les résultats principaux

La faisabilité du protocole et l’observance ont été jugées excellentes par les auteurs.

  • Mucite de grade 3 : 35,2 % sans laser contre 7,6 % avec laser (p < 0,01)
  • Douleur sévère de grade 3 : 23,8 % sans laser contre 1,9 % avec laser (p < 0,05)
  • Soulagement de la douleur significatif sur toute la période de traitement, des semaines 2 à 7
  • Effectif randomisé : 30 patients, recrutés de septembre 1994 à mars 1998

Les auteurs concluent que ce laser est capable de réduire la sévérité et la durée de la mucite buccale associée à la radiothérapie. L’abstract ne rapporte aucun intervalle de confiance.

Comment la photobiomodulation agit dans cette indication

Les auteurs décrivent l’irradiation laser comme l’application locale d’une source de lumière monochromatique à haute densité de photons. L’effet le mieux reconnu à l’époque était l’activation de la cicatrisation épithéliale des surfaces traitées, confirmée par de nombreuses études in vitro. Le texte précise que le mécanisme d’action au niveau moléculaire et enzymatique était alors en cours d’étude. L’essai met en évidence un effet clinique, il ne démontre pas le mécanisme qui le produit.

Les limites à connaître

Le premier point est l’effectif : 30 patients randomisés, c’est peu, et les pourcentages rapportés reposent sur des évaluations hebdomadaires répétées. Le deuxième point est l’ancienneté de la publication. Cet essai a vingt-sept ans. Les dispositifs, les longueurs d’onde disponibles, les puissances et les paramètres de dosimétrie ont beaucoup évolué depuis, tout comme les techniques de radiothérapie elles-mêmes. Les chiffres obtenus avec un laser hélium-néon de 60 mW en 1999 ne se transposent pas mécaniquement aux protocoles et aux appareils actuels. Enfin, l’essai excluait les patients recevant une chimiothérapie concomitante, situation aujourd’hui fréquente.

Ce que cela change en pratique

La portée de cette publication est d’abord historique. Elle a fourni la première démonstration randomisée et en double aveugle d’un bénéfice clinique de la photobiomodulation. Elle a ouvert la voie aux travaux qui ont conduit, une quinzaine d’années plus tard, à l’inscription de la photobiomodulation dans les recommandations internationales de soins de support en oncologie. Sur le plan pratique, elle rappelle que l’indication concerne la prévention d’un effet indésirable du traitement, et que cette décision revient à l’équipe d’oncologie qui suit le patient.

Questions fréquentes

La photobiomodulation empêche-t-elle la mucite pendant une radiothérapie ORL ?

Dans cet essai, elle ne l’a pas supprimée mais la proportion de mucites de grade 3 est passée de 35,2 % à 7,6 %. Il s’agit d’une réduction de sévérité observée chez 30 patients, pas d’une garantie de prévention.

Pourquoi cet essai de 1999 est-il encore cité ?

Parce qu’il est le premier essai randomisé en double aveugle rigoureux mené en photobiomodulation. Ses paramètres techniques sont toutefois aujourd’hui datés.

Qui décide de recourir à la photobiomodulation pendant un traitement anticancéreux ?

L’équipe d’oncologie qui suit la personne. La photobiomodulation relève ici du soin de support et son usage doit être discuté avec les médecins responsables du traitement.

Référence

Bensadoun RJ, Franquin JC, Ciais G, et al. Low-energy He/Ne laser in the prevention of radiation-induced mucositis. A multicenter phase III randomized study in patients with head and neck cancer. Supportive Care in Cancer, 1999. PMID 10423050. Consulter l’étude sur PubMed

Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.