Li Z. et al. - Photobiomodulation et fasciite plantaire en complément d’un programme d’exercices à domicile : méta-analyse en réseau

Dans une méta-analyse en réseau de 24 essais randomisés et 1240 patients atteints de fasciite plantaire, la photobiomodulation ajoutée à un programme d’exercices à domicile réduit la douleur à court terme de 1,54 point (IC 95 % -2,82 à -0,27). Elle ne figure en revanche pas parmi les interventions qui améliorent significativement la fonction.
Ce que cette étude a mesuré
La fasciite plantaire est la cause la plus fréquente de douleur du talon chez l’adulte. Le socle de la prise en charge reste un programme d’exercices à domicile, associant étirements du fascia plantaire et du triceps sural. La question posée ici est différente de l’habituelle : que gagne-t-on à ajouter une intervention de kinésithérapie à ce programme, plutôt que de la comparer au vide ?
Les auteurs ont conduit une méta-analyse en réseau, une méthode qui permet de comparer indirectement des traitements n’ayant jamais été testés l’un contre l’autre. Vingt-quatre essais randomisés et 1240 participants ont été inclus, avec huit nœuds de traitement, parmi lesquels le laser de faible intensité, le dry needling, la thérapie manuelle et le taping. La certitude des estimations a été appréciée avec le cadre CINeMA et le risque de biais avec l’outil Cochrane.
Les résultats principaux
La photobiomodulation ressort parmi les trois interventions apportant un gain cliniquement significatif sur la douleur à court terme.
- Douleur à court terme, laser de faible intensité contre programme d’exercices seul : -1,54 point (IC 95 % -2,82 à -0,27)
- Qualité de la preuve pour ce résultat : modérée
- Autres interventions cliniquement significatives sur la douleur à court terme : dry needling et thérapie manuelle
- Fonction : la photobiomodulation ne figure pas parmi les interventions efficaces, seuls le dry needling et le taping le sont
- Périmètre : 24 essais randomisés, 1240 participants, 8 nœuds de traitement
La dissociation entre douleur et fonction est le point le plus instructif de ce travail : diminuer la douleur ne suffit pas à restaurer la marche et l’appui.
Comment la photobiomodulation agit dans cette indication
Le fascia plantaire est une structure superficielle, accessible à une irradiation cutanée, ce qui explique l’intérêt pour cette indication. Les mécanismes avancés dans la littérature associent une modulation des médiateurs inflammatoires locaux et un effet analgésique par action sur les terminaisons nociceptives.
La dénomination même de l’affection a évolué : on parle aujourd’hui plutôt de fasciopathie, car les prélèvements montrent une dégénérescence du tissu davantage qu’une inflammation franche. Une intervention agissant principalement sur l’inflammation pourrait donc avoir un effet limité dans le temps, ce que suggère l’absence de bénéfice à moyen et long terme dans cette analyse.
Les limites à connaître
Le bénéfice ne concerne que le court terme. La photobiomodulation n’apparaît pas parmi les interventions efficaces à moyen ni à long terme, ce qui limite fortement la portée clinique du résultat pour une affection dont l’évolution se compte souvent en mois.
L’absence d’effet sur la fonction est le second point à retenir. Un patient peut donc rapporter moins de douleur sans marcher mieux. Enfin, une méta-analyse en réseau repose sur des comparaisons partiellement indirectes, dont la validité dépend de l’hypothèse que les populations des différents essais sont comparables. La qualité de preuve est qualifiée de modérée, pas élevée.
Ce que cela change en pratique
Le message principal de ce travail n’est pas que la photobiomodulation remplace les exercices, mais qu’elle peut s’y ajouter pour passer un cap douloureux initial. Le programme d’exercices à domicile reste la base sur laquelle les autres interventions se greffent.
Pour une douleur de talon persistante, un avis médical ou un bilan de kinésithérapie permet d’écarter d’autres causes, notamment une fracture de fatigue ou une atteinte du nerf de Baxter, et d’adapter le programme.
Questions fréquentes
La photobiomodulation guérit-elle la fasciite plantaire ?
Non. Dans cette méta-analyse en réseau, elle est associée à une baisse de la douleur à court terme uniquement, sans amélioration significative de la fonction ni de bénéfice démontré à plus long terme.
Faut-il continuer les exercices pendant les séances ?
Oui. Dans tous les essais inclus, la photobiomodulation est ajoutée à un programme d’exercices à domicile, jamais substituée à celui-ci. Le comparateur est le programme d’exercices seul.
Quelles autres interventions ont été testées ?
Huit interventions au total, dont le dry needling et la thérapie manuelle, qui améliorent aussi la douleur à court terme, ainsi que le taping, qui améliore la fonction avec le dry needling.
Référence
Li Z, He S, Wu J, Zhu Z, Chen L, Lu W. Efficacy of physical therapy interventions delivered with home exercise programs for pain and function in plantar fasciitis: a systematic review and network meta-analysis of randomized controlled trials. Physical Therapy, 2026. PMID 42176209. Lien PubMed
Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.