Tripodi N et al. - Photobiomodulation rouge et proche infrarouge dans les tendinopathies

Dans les tendinopathies, la photobiomodulation rouge et proche infrarouge associée à l’exercice réduit davantage la douleur qu’un traitement factice associé à l’exercice, selon une méta-analyse de 17 essais randomisés. Comparée seule à d’autres interventions, elle ne fait pas mieux sur la douleur et montre une amélioration fonctionnelle plus faible.
Ce que cette étude a mesuré
Il s’agit d’une revue systématique avec méta-analyse d’essais contrôlés randomisés, et non d’un essai unique. La recherche documentaire a été menée en août 2020 dans six bases de données. Les essais retenus utilisaient de la photobiomodulation rouge ou proche infrarouge pour traiter une tendinopathie, avec comparaison à un traitement factice ou à une autre intervention. Les données de douleur et de fonction ont été extraites puis synthétisées par un modèle à effets aléatoires, à l’aide de la différence moyenne (DM) et de la différence moyenne standardisée (DMS). Dix-sept essais totalisant 835 participants ont été inclus. Le protocole est enregistré sous le numéro CRD42020202508.
Les résultats principaux
Les valeurs ci-dessous sont celles publiées dans le résumé, avec leur intervalle de confiance à 95 %. Les échelles employées n’y sont pas précisées.
- Photobiomodulation seule contre autres interventions, douleur : DM = -0,09 (IC 95 % : -0,79 à 0,61), soit une baisse comparable
- Photobiomodulation seule contre autres interventions, fonction : DMS = -0,52 (IC 95 % : -0,81 à -0,23), amélioration fonctionnelle plus faible
- Photobiomodulation avec exercice contre traitement factice avec exercice, douleur : DM = 1,06 (IC 95 % : 0,57 à 1,55)
- Photobiomodulation avec exercice contre traitement factice avec exercice, fonction : DM = 5,65 (IC 95 % : 0,25 à 11,04)
- Photobiomodulation avec exercice contre autres interventions avec exercice, douleur : DM = 0,31 (IC 95 % : -0,07 à 0,70), aucune différence
- Qualité des preuves selon GRADE : très faible à modérée, la plupart des essais présentant un risque de biais faible
Comment la photobiomodulation agit dans cette indication
Les mécanismes évoqués dans la littérature restent hypothétiques et n’ont pas été mesurés dans cette revue. La lumière rouge et proche infrarouge serait absorbée par la cytochrome c oxydase, photorécepteur présumé de la chaîne respiratoire mitochondriale, ce qui pourrait augmenter la production d’ATP au sein du tissu tendineux exposé. Une modulation de l’inflammation locale et du remodelage de la matrice collagénique est également avancée. Une action sur les voies de la douleur pourrait enfin participer à la baisse d’intensité douloureuse rapportée. Ces explications restent conditionnelles.
Les limites à connaître
Les résultats négatifs doivent être soulignés. Employée seule face à d’autres interventions, la photobiomodulation n’a pas réduit la douleur davantage, et son amélioration fonctionnelle a été plus faible. Ajoutée à l’exercice, elle n’a pas fait mieux que d’autres interventions également associées à l’exercice sur la douleur. Le bénéfice net ne ressort donc que dans la comparaison avec un traitement factice. La qualité des preuves est jugée très faible à modérée selon GRADE. La recherche documentaire s’arrête en août 2020, ce qui exclut les essais publiés depuis.
Ce que cela change en pratique
Le message le plus solide de cette revue est celui d’un rôle d’appoint : la photobiomodulation est étudiée comme adjuvant d’un programme d’exercices, qui reste le traitement de référence des tendinopathies. Elle n’apparaît pas comme un substitut aux autres prises en charge. Un bilan par un professionnel de santé est nécessaire pour confirmer le diagnostic et bâtir un programme progressif.
Questions fréquentes
La photobiomodulation dispense-t-elle des exercices ?
Non. Les bénéfices les plus nets de cette méta-analyse concernent la photobiomodulation ajoutée à un programme d’exercices, comparée à un traitement factice lui aussi ajouté à l’exercice. L’exercice reste le socle de la prise en charge des tendinopathies. La photobiomodulation y est évaluée comme complément.
Le rouge ou le proche infrarouge : lequel choisir ?
La revue a inclus indifféremment des essais utilisant de la lumière rouge et du proche infrarouge, sans comparer les deux entre eux. Le résumé ne donne ni longueurs d’onde, ni doses, ni nombre de séances. Aucune préférence ne peut donc en être déduite.
Ces résultats valent-ils pour toutes les tendinopathies ?
Le résumé ne précise pas quelles localisations tendineuses étaient représentées parmi les 17 essais inclus. Les résultats sont groupés, ce qui masque les différences possibles entre un tendon d’Achille, une coiffe des rotateurs ou une épicondylite. Il faut donc rester prudent avant de transposer ces chiffres à une situation particulière.
Référence
Tripodi N, Feehan J, Husaric M, Sidiroglou F, Apostolopoulos V. The effect of low-level red and near-infrared photobiomodulation on pain and function in tendinopathy: a systematic review and meta-analysis of randomized control trials. BMC Sports Science, Medicine and Rehabilitation, 2021, 13(1):91. PMID 34391447. PMC8364035. DOI 10.1186/s13102-021-00306-z. https://doi.org/10.1186/s13102-021-00306-z
Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.