Nascimento M.F.D.S. et al. - Photobiomodulation préemptive et douleur de la ponction anesthésique dentaire : revue systématique et méta-analyse

Chez 1519 patients répartis dans 27 essais randomisés, une séance de photobiomodulation appliquée juste avant l’injection anesthésique dentaire est associée à une baisse de 1,72 point de la douleur sur l’échelle visuelle analogique. L’effet n’apparaît pas sur l’échelle SEM et les auteurs jugent la certitude des preuves très faible.
Ce que cette étude a mesuré
La peur de l’aiguille reste l’un des premiers motifs d’évitement des soins dentaires. Cette revue systématique et méta-analyse, enregistrée sous le numéro PROSPERO CRD42025641468, s’intéresse à une approche dite préemptive : appliquer la photobiomodulation sur la muqueuse avant la ponction anesthésique, et non après, afin de réduire la douleur du geste lui-même.
Les auteurs ont retenu 27 essais cliniques randomisés totalisant 1519 participants, dont 25 ont pu être intégrés à la méta-analyse. Les interventions couvraient des procédures dentaires et cranio-maxillo-faciales. La douleur a été mesurée avec plusieurs instruments : l’échelle visuelle analogique, la Pain Rating Scale, l’échelle comportementale FLACC et l’échelle SEM. La certitude des résultats a été appréciée avec la méthode GRADE.
Les résultats principaux
La photobiomodulation préemptive est associée à une réduction significative de la douleur sur trois des quatre instruments analysés.
- Échelle visuelle analogique : différence moyenne de -1,72 point (IC 95 % -2,87 à -0,57)
- Pain Rating Scale : différence moyenne de -0,89 point (IC 95 % -1,59 à -0,20)
- Échelle FLACC : différence moyenne de -1,14 point (IC 95 % -1,90 à -0,37)
- Échelle SEM : différence moyenne de -0,56 point (IC 95 % -1,72 à 0,60), sans effet significatif
- Hétérogénéité entre études : I² de 96,7 % à 98,9 %, tau de 0,93 à 1,97
Le résultat sur l’échelle SEM mérite d’être souligné : l’intervalle de confiance franchit la valeur zéro, ce qui signifie qu’aucune différence n’a pu être établie avec le groupe témoin sur cet instrument.
Comment la photobiomodulation agit dans cette indication
L’hypothèse avancée dans la littérature repose sur un effet local sur la conduction nerveuse et sur les médiateurs de l’inflammation au niveau du site irradié. La lumière rouge et proche infrarouge de faible intensité est absorbée par des chromophores mitochondriaux, ce qui modifierait temporairement le seuil de dépolarisation des fibres nociceptives superficielles. Appliquée avant le geste, elle viserait donc à abaisser la perception douloureuse au moment de la pénétration de l’aiguille, plutôt qu’à accélérer une récupération.
Cette revue ne teste pas ce mécanisme. Elle mesure un effet clinique et ne permet pas de trancher entre une action neurophysiologique propre et une composante liée aux attentes du patient.
Les limites à connaître
L’hétérogénéité est le point faible majeur de ce travail. Avec un I² compris entre 96,7 % et 98,9 %, les résultats des essais individuels divergent très fortement, au point que les auteurs signalent des intervalles de prédiction larges. Autrement dit, l’ampleur du bénéfice attendu chez un patient donné reste très incertaine.
Les auteurs rapportent également des limites méthodologiques dans les essais inclus et concluent à une certitude GRADE très faible pour l’ensemble des critères de jugement. Une certitude très faible signifie que des travaux futurs sont susceptibles de modifier substantiellement l’estimation. Enfin, le résultat nul sur l’échelle SEM montre que la conclusion dépend en partie de l’instrument de mesure retenu.
Ce que cela change en pratique
Le signal va dans le sens d’un intérêt de la photobiomodulation comme mesure d’appoint avant une anesthésie locale dentaire, en particulier chez les patients anxieux ou chez l’enfant, où l’échelle comportementale FLACC montre également une amélioration. Le geste est non invasif et aucun effet indésirable notable n’est mis en avant dans cette synthèse.
La décision reste du ressort du praticien. Compte tenu de la certitude très faible, la photobiomodulation ne se substitue à aucun protocole d’anesthésie et doit être envisagée comme un complément.
Questions fréquentes
La photobiomodulation supprime-t-elle la douleur de la piqûre dentaire ?
Non. Dans cette méta-analyse, elle est associée à une baisse moyenne de 1,72 point sur une échelle visuelle analogique, ce qui est une atténuation partielle et non une suppression. Un instrument sur quatre ne montre aucune différence.
Combien d’études soutiennent ce résultat ?
Vingt-sept essais cliniques randomisés totalisant 1519 participants ont été retenus, dont vingt-cinq intégrés à la méta-analyse. La certitude de la preuve est cependant jugée très faible par les auteurs.
Cette approche convient-elle aux enfants ?
L’échelle FLACC, utilisée pour les patients qui ne peuvent pas verbaliser leur douleur, montre une réduction de 1,14 point. Cela reste à confirmer par des essais dédiés et à discuter avec le chirurgien-dentiste.
Référence
Nascimento MFDS, Almeida JES, Gomes MCM, Costa LSD, Silva PGB, Damasceno JX, Verde MEQL. Preemptive photobiomodulation therapy for reducing pain during local anesthetic needle puncture in dental and craniomaxillofacial procedures: a systematic review and meta-analysis of randomized clinical trials. Journal of Dentistry, 2026. PMID 42259468. Lien PubMed
Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.