Regev-Sadeh S. et al. - Lumière infrarouge et photobiomodulation après épisiotomie : revue systématique et méta-analyse

Sur 1377 patientes réparties dans 13 études, l’irradiation infrarouge réduit la douleur après épisiotomie (SMD -0,50, IC 95 % -0,98 à -0,02) mais n’améliore pas la cicatrisation. Le laser de faible intensité ne montre aucun bénéfice significatif, ni sur la douleur ni sur la cicatrisation.
Ce que cette étude a mesuré
L’épisiotomie laisse une plaie périnéale douloureuse dans les jours qui suivent l’accouchement, à un moment où la mobilité et la position assise sont déjà contraintes. Plusieurs dispositifs à base de lumière ont été proposés pour soulager cette douleur et accélérer la cicatrisation.
Cette revue systématique et méta-analyse, enregistrée sous le numéro PROSPERO CRD42024608543, a rassemblé 13 études randomisées et non randomisées totalisant 1377 patientes. Les auteurs ont volontairement séparé les technologies plutôt que de les regrouper, ce qui permet une lecture beaucoup plus utile des résultats. Trois comparaisons ont été analysées : irradiation infrarouge contre soins standard (1088 patientes), laser de faible intensité contre placebo (209 patientes) et laser de faible intensité contre ultrasons thérapeutiques (80 patientes).
Les résultats principaux
Les deux technologies ne donnent pas le même résultat, et c’est là tout l’intérêt de cette synthèse.
- Infrarouge contre soins standard, douleur du post-partum : SMD -0,50 (IC 95 % -0,98 à -0,02 ; I² = 88 % ; p < 0,01)
- Infrarouge, mesures de cicatrisation : aucune amélioration rapportée
- Laser de faible intensité contre placebo, douleur : SMD -0,31 (IC 95 % -0,72 à 0,11 ; I² = 53 % ; p = 0,1), non significatif
- Laser de faible intensité contre placebo, cicatrisation : SMD 0,23 (IC 95 % -0,18 à 0,63 ; I² = 0 % ; p = 0,85), non significatif
- Périmètre : 13 études, 1377 patientes
Le résultat négatif du laser de faible intensité est clair : les intervalles de confiance franchissent la valeur nulle pour les deux critères.
Comment la photobiomodulation agit dans cette indication
L’hypothèse est celle d’une action locale sur l’inflammation et sur la prolifération des fibroblastes, qui interviendrait dans la fermeture de la plaie périnéale, associée à un effet analgésique.
Il faut distinguer les deux dispositifs étudiés ici. L’irradiation infrarouge délivre principalement de la chaleur au niveau superficiel, et une partie du soulagement peut relever de cet effet thermique et du confort qu’il procure, plutôt que d’une photobiomodulation au sens strict. Le laser de faible intensité, lui, relève pleinement de la photobiomodulation et c’est précisément celui qui ne montre pas de bénéfice.
Les limites à connaître
Le résultat négatif du laser de faible intensité doit être lu avec sa propre réserve : seules 209 patientes ont été incluses dans cette comparaison. Une absence de significativité sur un effectif réduit ne démontre pas une absence d’effet, elle indique que l’étude ne permet pas de conclure.
Côté infrarouge, l’hétérogénéité atteint 88 % et l’intervalle de confiance frôle la valeur nulle avec une borne supérieure de -0,02. Le bénéfice est donc statistiquement significatif mais fragile. La comparaison laser contre ultrasons, menée sur 80 patientes seulement, présente selon les auteurs une hétérogénéité très élevée. Enfin, l’inclusion d’études non randomisées affaiblit l’ensemble.
Ce que cela change en pratique
Cette synthèse ne soutient pas l’usage du laser de faible intensité pour la douleur ou la cicatrisation après épisiotomie. C’est un résultat négatif qu’il serait malhonnête de passer sous silence, même s’il porte sur un effectif limité.
L’irradiation infrarouge montre un signal favorable sur la douleur, sans gain sur la cicatrisation. Aucun effet indésirable grave n’est rapporté. La prise en charge de la douleur périnéale du post-partum reste du ressort de l’équipe obstétricale, qui dispose de mesures dont l’efficacité est mieux établie.
Questions fréquentes
Le laser de faible intensité accélère-t-il la cicatrisation d’une épisiotomie ?
Non, pas dans cette méta-analyse. Le résultat est de SMD 0,23 (IC 95 % -0,18 à 0,63 ; p = 0,85) face au placebo, soit aucune différence détectable, sur 209 patientes.
L’infrarouge soulage-t-il la douleur après l’accouchement ?
Les données vont dans ce sens avec un SMD de -0,50 (IC 95 % -0,98 à -0,02) sur 1088 patientes, mais l’hétérogénéité de 88 % entre les études rend l’estimation peu robuste.
Pourquoi les deux dispositifs donnent-ils des résultats différents ?
Ils ne délivrent pas la même énergie ni les mêmes longueurs d’onde, et l’infrarouge comporte une composante thermique absente du laser de faible intensité. Cette étude ne permet pas de trancher entre ces explications.
Référence
Regev-Sadeh S, Nahshon C, Cohen N, Lavie O, Zilberlicht A. Efficacy of energy-based devices on episiotomy pain and healing: A systematic review and meta-analysis. International Journal of Gynaecology and Obstetrics, 2025. PMID 41450164. Lien PubMed
Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.