Liu J. et al. - Lumière proche infrarouge et cicatrisation des plaies chirurgicales : revue systématique et méta-analyse

Sur 56 essais cliniques et près de 4 900 patients, la lumière proche infrarouge appliquée après une chirurgie est associée à une meilleure cicatrisation et à une douleur postopératoire réduite. La certitude globale des preuves reste très faible.
Ce que cette étude a mesuré
Les dispositifs de lumière proche infrarouge sont de plus en plus proposés après une opération, mais les essais restent discordants. Cette revue systématique avec méta-analyse, enregistrée sur PROSPERO sous le numéro CRD420251163415, a comparé le proche infrarouge (630 à 1 100 nanomètres) aux soins standards ou à un placebo sur des plaies chirurgicales. Cinquante-six essais totalisant 4 920 participants ont été retenus pour la revue, et 35 d’entre eux ont fourni 69 résultats exploitables pour la méta-analyse. Les auteurs ont utilisé un modèle multiniveau à effets aléatoires, en différences moyennes standardisées (SMD). Des analyses complémentaires ont cherché quels paramètres influencent le résultat : longueur d’onde, fluence, nombre de séances, technique d’application et site anatomique. Le risque de biais a été évalué avec Cochrane RoB 2.0 et la certitude des preuves avec GRADE.
Les résultats principaux
Deux critères ressortent positivement, les autres restent indécis. Les auteurs parlent d’une promesse à confirmer plutôt que d’une démonstration.
- Cicatrisation des plaies : SMD 0,78 (IC 95 % 0,46 à 1,09 ; p < 0,01) en faveur du proche infrarouge
- Douleur postopératoire : SMD 0,71 (IC 95 % 0,24 à 1,17 ; p < 0,01)
- Œdème, aspect de la cicatrice et marqueurs inflammatoires : résultats inconsistants
- Meilleurs résultats associés aux longueurs d’onde de 700 à 850 nanomètres, 4 à 10 séances, application sans contact
- Hétérogénéité élevée entre études et certitude globale des preuves très faible
Que l’œdème, la qualité de la cicatrice et les marqueurs inflammatoires ne bougent pas de façon cohérente est un signal à ne pas ignorer : l’effet mesuré ne s’explique pas encore par une chaîne biologique claire.
Comment la photobiomodulation agit dans cette indication
Le mécanisme avancé n’est pas vérifié ici et se formule au conditionnel. Le proche infrarouge pénètre de quelques millimètres dans les tissus et serait absorbé par la cytochrome c oxydase, dernier maillon de la chaîne respiratoire mitochondriale. Cette absorption augmenterait la synthèse d’ATP et modifierait le niveau d’espèces réactives de l’oxygène, d’où une modulation du stress oxydatif et de l’inflammation. Sur une plaie opératoire, ces signaux favoriseraient la prolifération des fibroblastes, la synthèse de collagène et l’angiogenèse, soit la formation de nouveaux capillaires alimentant le tissu en réparation.
Les limites à connaître
La principale limite est explicite : la certitude globale des preuves est très faible. L’hétérogénéité entre essais est élevée et les effets varient beaucoup, ce qui signifie qu’un patient donné peut ne rien observer. Les 56 essais couvrent des chirurgies, des sites et des protocoles très différents, et seuls 35 ont été intégrés au calcul groupé. Enfin, les critères secondaires comme l’œdème et l’apparence de la cicatrice ne montrent pas de tendance stable, alors que ce sont souvent ceux qui intéressent le plus les patients.
Ce que cela change en pratique
C’est la première synthèse de cette ampleur sur le sujet et elle donne des repères de paramétrage. Les meilleurs résultats sont associés aux longueurs d’onde de 700 à 850 nanomètres, à des séries de 4 à 10 séances et à une application sans contact. Ces repères viennent d’analyses exploratoires et ne constituent pas un protocole validé. Une plaie chirurgicale reste sous la responsabilité de l’équipe qui a opéré, et aucune lumière ne doit être appliquée sur une cicatrice récente sans son accord.
Questions fréquentes
La lumière infrarouge accélère-t-elle la cicatrisation après une opération ?
Dans cette méta-analyse de 56 essais, elle est associée à une amélioration de la cicatrisation des plaies chirurgicales, avec une taille d’effet de 0,78. Ce résultat est significatif mais repose sur des preuves de très faible certitude et des essais très hétérogènes. Il ne garantit pas un bénéfice individuel.
Quelle longueur d’onde utiliser pour une cicatrice ?
Les analyses de cette revue associent les meilleurs résultats aux longueurs d’onde de 700 à 850 nanomètres, sur 4 à 10 séances, sans contact. Ce sont des tendances repérées après coup, pas une recommandation clinique établie.
La lumière proche infrarouge réduit-elle la douleur après une chirurgie ?
Les auteurs rapportent une réduction de la douleur postopératoire, avec une taille d’effet de 0,71 (IC 95 % 0,24 à 1,17). L’intervalle est large, signe d’une forte incertitude sur l’ampleur réelle du bénéfice. Cette approche ne remplace pas les antalgiques prescrits.
Référence
Liu J, et al. Effects of Near Infrared Light on Surgical Wound Healing: A Systematic Review and Meta-Analysis. International Wound Journal, 2026. PMID 41605843. Consulter l’étude sur PubMed
Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.