Dermatologie et cicatrisation
Publié le
1er juin 2023

Nair H.K.R. et al. - Photobiomodulation adjoint dans la cicatrisation des ulcères chroniques

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Dans une série de 11 patients porteurs de plaies chroniques, la photobiomodulation ajoutée aux soins habituels s’est accompagnée de fermetures complètes et de réductions de surface importantes. Il s’agit d’une série de cas sans groupe témoin ni randomisation, ce qui empêche d’attribuer ces évolutions au traitement lumineux.

Ce que cette étude a mesuré

Ce travail est une série de cas menée dans l’unité de soins des plaies d’un hôpital de Kuala Lumpur, et non un essai contrôlé randomisé ni une méta-analyse. Onze patients porteurs de plaies chroniques d’étiologies différentes ont été inclus : 9 ulcères du pied diabétique et 2 ulcères ne cicatrisant pas.

Le critère suivi était la taille de la plaie, évaluée par sa longueur et sa largeur, donc par une mesure de surface. Les plaies étaient évaluées avant nettoyage à l’eau distillée, puis détergées si nécessaire. Le protocole lumineux associait trois longueurs d’onde, 660, 800 et 970 nm, délivrées en flux continu avec 30 kJ d’énergie sur une période de 3 minutes, la pièce à main étant centrée sur la plaie puis déplacée autour de la zone péri-lésionnelle. Toutes les plaies étaient par ailleurs prises en charge selon le standard de soins.

Les résultats principaux

Les évolutions rapportées sont favorables mais purement descriptives.

  • 11 patients inclus, dont 9 ulcères du pied diabétique et 2 ulcères non cicatrisants
  • Fermeture complète décrite pour 3 ulcères du pied diabétique et 1 ulcère non cicatrisant
  • Réduction de surface de 68,2 % à 99 % pour les 7 autres ulcères
  • Apparition d’un tissu de granulation, interprétée par les auteurs comme un potentiel de cicatrisation élevé
  • Aucune comparaison statistique, aucun intervalle de confiance, aucune valeur de p

À noter, une incohérence interne du résumé : il annonce trois plaies fermées puis en énumère quatre. Les auteurs concluent eux-mêmes qu’un effectif plus large serait nécessaire pour établir la portée de ces observations.

Comment la photobiomodulation agit dans cette indication

Les mécanismes proposés pour la cicatrisation restent hypothétiques. L’absorption de la lumière rouge et proche infrarouge par la cytochrome c oxydase mitochondriale pourrait accroître la production d’ATP disponible pour les cellules réparatrices. Une modulation de l’inflammation locale, une stimulation de l’angiogenèse et une activation de la prolifération et de la migration des fibroblastes sont également avancées pour expliquer la formation du tissu de granulation. Cette série de cas n’a mesuré aucun de ces paramètres biologiques.

Les limites à connaître

La limite déterminante est l’absence de groupe témoin : les plaies recevaient également le standard de soins, si bien que l’évolution observée peut relever de cette prise en charge, de l’histoire naturelle des plaies ou du traitement lumineux, sans qu’il soit possible de trancher. Le résultat est donc, sur le plan de la preuve, un résultat non concluant.

S’ajoutent un effectif très faible, l’absence d’insu, une population hétérogène, l’absence de durée de suivi précisée dans le résumé et l’absence de données sur les effets indésirables. Il s’agit d’une publication unique et monocentrique.

Un rappel important : les ulcères chroniques, en particulier du pied diabétique, relèvent d’un suivi médical spécialisé. La photobiomodulation ne remplace pas le traitement de la cause, qu’elle soit veineuse, artérielle ou diabétique, ni la décharge, les soins locaux et le contrôle métabolique.

Ce que cela change en pratique

Ces observations situent la photobiomodulation comme un complément possible aux soins conventionnels, à évaluer dans des essais contrôlés. Elles ne justifient aucune modification d’un protocole de soins de plaie décidé par une équipe soignante. Toute plaie chronique qui ne cicatrise pas doit être réévaluée médicalement.

Questions fréquentes

Cette étude prouve-t-elle que la lumière accélère la cicatrisation ?

Non. Sans groupe témoin, il est impossible de savoir ce qui serait arrivé aux mêmes plaies avec les seuls soins standards. La série décrit des évolutions favorables, ce qui justifie de poursuivre les recherches, mais ne démontre pas de relation de cause à effet.

La photobiomodulation peut-elle remplacer les soins d’un ulcère chronique ?

Non, et l’étude elle-même la positionne comme thérapie adjuvante. Toutes les plaies incluses continuaient de recevoir le standard de soins. Le traitement de la cause, veineuse, artérielle ou diabétique, reste la priorité et relève d’une équipe spécialisée.

Quels paramètres lumineux ont été utilisés ?

Le résumé indique trois longueurs d’onde combinées, 660, 800 et 970 nm, un flux continu de 30 kJ d’énergie et une application de 3 minutes sur la plaie et son pourtour. Les autres paramètres, notamment la fréquence et le nombre total de séances, ne sont pas précisés dans le résumé.

Référence

Nair HKR, Chong SSY, Selvaraj DDJ. Photobiomodulation as an Adjunct Therapy in Wound Healing. The International Journal of Lower Extremity Wounds, 2021;22(2):278-282. PMID 33973828. DOI 10.1177/15347346211004186. https://doi.org/10.1177/15347346211004186

Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.