Caldieraro M.A. et Cassano P. - Photobiomodulation transcrânienne et systémique dans la dépression caractérisée : revue systématique

Cette publication est une revue systématique de 17 études sur la photobiomodulation transcrânienne et systémique dans le trouble dépressif caractérisé. Les auteurs y décrivent un effet antidépresseur et une bonne tolérance, tout en soulignant l’hétérogénéité des protocoles et l’absence de groupe contrôle approprié dans la plupart des travaux cliniques.
Ce que cette étude a mesuré
Un point de méthode d’abord, car il change la lecture des résultats : il s’agit d’une revue systématique sans méta-analyse, et non d’une méta-analyse d’essais randomisés. Aucune estimation groupée de l’effet n’est produite. Le champ couvert est le trouble dépressif caractérisé, et non les fonctions cognitives ; la revue ne rapporte aucun résultat sur la mémoire, l’attention ou la vitesse de traitement.
Les auteurs ont interrogé les bases MEDLINE et EMBASE en juillet 2017, sans restriction de date ni de langue. Les études retenues devaient porter principalement sur la dépression caractérisée et présenter des données originales. Des articles de revue et des travaux non centrés sur la dépression ont été mobilisés en complément, uniquement pour la partie consacrée aux mécanismes.
Les résultats principaux
La synthèse est qualitative et distingue les données animales des données humaines.
- 17 études incluses, portant spécifiquement sur le trouble dépressif caractérisé
- Recherche documentaire réalisée en juillet 2017 sur MEDLINE et EMBASE
- Modèles animaux : bénéfice décrit comme comparable à celui des médicaments antidépresseurs
- Études cliniques : effet antidépresseur significatif rapporté et bonne tolérance
- Aucun effet groupé, aucun intervalle de confiance : la publication ne comporte pas de méta-analyse
Les auteurs concluent que les données disponibles soutiennent le potentiel de la photobiomodulation non rétinienne comme traitement nouveau de la dépression, à titre préliminaire.
Comment la photobiomodulation agit dans cette indication
Le mécanisme principal avancé serait l’amélioration du métabolisme mitochondrial après absorption de l’énergie proche infrarouge par la cytochrome c oxydase, avec une production accrue d’ATP. La lumière rouge et proche infrarouge traverserait le crâne et modulerait le cortex cérébral ; un effet indirect est également postulé lorsque la lumière n’est pas délivrée en transcrânien. D’autres voies pertinentes pour la dépression, notamment inflammatoires, sont évoquées par les auteurs. L’ensemble reste au stade des hypothèses.
Les limites à connaître
Les auteurs signalent eux-mêmes que les études cliniques sont hétérogènes quant aux populations incluses et aux paramètres de traitement, et que la plupart manquent d’un groupe contrôle approprié. Leur conclusion est explicitement présentée comme préliminaire, ce qui constitue en soi un résultat prudent, voire négatif au regard des attentes.
Deux réserves s’ajoutent. La recherche documentaire date de juillet 2017 : les travaux publiés depuis ne sont pas couverts. Et l’absence de méta-analyse interdit toute lecture chiffrée du bénéfice : affirmer que la photobiomodulation ferait baisser un score de dépression d’un nombre donné de points ne serait pas soutenu par cette publication. Enfin, la revue ne documente pas les fonctions cognitives, contrairement à ce que pourrait laisser penser un intitulé abrégé.
Ce que cela change en pratique
La dépression caractérisée est une maladie qui relève d’un diagnostic et d’un suivi médicaux. Cette revue ne fournit pas d’argument permettant de modifier une prise en charge, ni de définir des paramètres d’application. Elle indique surtout qu’un signal existe et que des essais contrôlés de meilleure qualité sont nécessaires pour préciser l’efficacité, l’effectivité et le profil de sécurité.
Questions fréquentes
Cette publication est-elle une méta-analyse d’essais randomisés ?
Non. C’est une revue systématique sans méta-analyse, qui inclut à la fois des études précliniques et des études cliniques. Aucune mise en commun statistique des résultats n’a été réalisée, donc aucun chiffre global d’efficacité n’en découle. Toute présentation de ce travail comme une méta-analyse d’essais randomisés serait inexacte.
La photobiomodulation peut-elle remplacer un antidépresseur ?
Rien dans cette revue ne le suggère. Les études cliniques incluses sont peu nombreuses, hétérogènes et souvent sans comparateur adéquat. Un traitement antidépresseur prescrit ne doit jamais être interrompu ou modifié sans avis du médecin qui l’a instauré.
Que dit cette revue sur la tolérance du traitement ?
Les auteurs rapportent une bonne tolérance dans les études cliniques examinées et décrivent l’approche comme à faible risque et peu coûteuse. Le résumé ne détaille toutefois ni la nature ni la fréquence des effets indésirables observés. Les auteurs appellent explicitement à préciser le profil de sécurité dans de futurs travaux.
Référence
Caldieraro MA, Cassano P. Transcranial and systemic photobiomodulation for major depressive disorder: A systematic review of efficacy, tolerability and biological mechanisms. Journal of Affective Disorders, 2019;243:262-273. PMID 30248638. DOI 10.1016/j.jad.2018.09.048. https://doi.org/10.1016/j.jad.2018.09.048
Cette synthèse est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. La photobiomodulation ne remplace pas un traitement prescrit. Parlez-en à un professionnel de santé.